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Si moi j'ai le plus beau compliment à faire à un chanteur, c'est ça: il a sa signature. Tu l'entends chanter, t'as pas besoin de connaître la chanson, c'est Daniel Lavoie.

Bruno Pelletier

Musique

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Daniel Lavoie en liberté

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25.03.14

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Après 40 et quelques années à faire «un disque, une tournée, un disque, une tournée», Daniel Lavoie sort des sentiers battus avec La licorne captive, un disque de mythes et légendes sur fond de musique ancienne.
PHOTO: IVANOH DEMERS, LA PRESSE

Daniel Lavoie avait l'habitude de dire à ses proches qu'à 65 ans, il ne ferait que ce qui l'amuse. Une semaine après avoir atteint l'âge de la retraite, il a lancé hier La licorne captive, un disque hors norme qui lui a procuré un plaisir fou.

Daniel Lavoie ne savait rien de Laurent Guardo quand le musicien lui a proposé de prêter sa voix à La licorne captive, un disque de mythes et de légendes sur fond de musique ancienne. La première pièce instrumentale que Guardo lui a envoyée il y a trois ans était jouée uniquement sur des violes de gambe.

«Des violes de gambe toutes seules, c'est assez vache, c'est très mou, se rappelle Lavoie. Mais il y avait quelque chose de très séduisant dans tout ça et j'ai dit: «J'en essaie une.» Wow! J'ai pogné quelque chose.»

Progressivement, ces drôles de chansons sur lesquelles Guardo planchait depuis une dizaine d'années se sont enrichies non seulement du timbre particulier du chanteur - «qui sonnait comme une tonne de briques», dit Guardo - mais également d'autres instruments: tablas, archiluth...

«C'est resté minimal jusqu'au jour où j'ai dit: «Laurent, c'est un album de Daniel Lavoie, que tu le veuilles ou pas, parce que c'est moi le chanteur et puis, tu n'es pas connu, mais moi, je le suis. Donc maintenant j'ai mon mot à dire.»»

Lavoie a suggéré qu'on ajoute un peu de basse ici, une guitare électrique là: «Pour lui [Laurent Guardo], c'était un album organique, acoustique. Mais on s'est rendu compte que la guitare électrique marchait avec la texture de l'album. Avec le temps, on a mieux défini la musique. Au début, c'était assez aride et pas évident de chanter là-dessus.»

Dans ce travail d'équipe, Guardo n'a jamais senti de friction. «C'était comme deux enfants qui délirent un peu», dit-il. Les deux hommes ont développé une telle complicité qu'ils cosignent la réalisation de cet album et qu'ils travaillent déjà ensemble à d'autres créations.

Raconter des histoires

La licorne captive, inspiré d'une tapisserie médiévale exposée au Metropolitan Museum of Art de New York, puise aussi bien dans la mythologie grecque (Icare) que dans la légende québécoise (Chasse-galerie). Lavoie y chante également deux textes de Rimbaud, le macabre Bal des pendus et l'onirique Ophélie dont le poète français a trouvé l'inspiration dans le Hamlet de Shakespeare.

Formé en musique classique et en jazz, Laurent Guardo a composé pour le cinéma, la télé, la radio et la pub, en plus de produire un album inspiré de poèmes de William Blake. La licorne captive touche une autre de ses passions: «Je suis un maniaque de psychologie et des relations humaines, et je trouve qu'à travers les mythes, ça parle beaucoup de ce qu'est une «bibitte» humaine.»

Guardo a trouvé dans la voix du chanteur une richesse harmonique peu commune et un grain proche de celui de la viole de gambe. Mais s'il a voulu travailler avec lui plutôt qu'avec les spécialistes de la musique ancienne qu'on lui proposait, c'est parce que Lavoie sait raconter des histoires.

Lavoie affirme qu'il a un «plaisir fou» à défendre ce disque dont les harmonies sont parfois très contemporaines.

«Ça ressemble souvent plus à du Steve Reich qu'à de la musique ancienne. C'est carrément inclassable et je trouve ça très le fun. Après 40 et quelques années à faire un disque, une tournée, un disque, une tournée, l'ouverture que me procure La licorne captive m'a permis d'entrevoir ce métier-là différemment.»

Les deux associés rêvent maintenant de transposer leur Licorne à la scène.

«On veut jouer devant un écran de cinéma et aller chercher des cinéastes qui créeraient un petit film pour chaque chanson», explique Lavoie.

«Pas des vidéoclips, mais des courts métrages qui n'illustreront pas les chansons, mais rendront leur mystère, leur ambiance. Je me bats pour que ça marche», renchérit Guardo.

ALAIN DE REPENTIGNY

http://www.lapresse.ca/arts/musique/entrevues/201403/25/01-4751148-daniel-lavoie-en-liberte.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&